Gouffre de Proumeyssac : la cathédrale de cristal que j’ai visitée deux fois

J’ai visité le gouffre de Proumeyssac pour la première fois en 2005, lors d’un séjour en Dordogne avec des collègues de l’Université de Corse. La visite m’avait impressionnée par l’ampleur des concrétions, mais je n’avais retenu que des images générales. En 2018, en route vers les Archives départementales de Périgueux pour des recherches sur les registres paroissiaux médiévaux, j’ai décidé d’y retourner. Cette deuxième visite a été complètement différente.

Le gouffre de Proumeyssac est une cavité souterraine d’environ deux cent quarante mètres de diamètre, découverte en 1907 par des spéléologues locaux. Son entrée se fait par une nacelle descendant dans le gouffre — cette mise en scène verticale est une particularité unique en Périgord. L’intérieur est une salle en dôme dont la hauteur atteint cinquante-deux mètres à son point le plus élevé. Les stalactites qui en tapissent la voûte mesurent jusqu’à deux mètres pour les plus anciennes.

Ce qui distingue Proumeyssac des autres grottes ornementées du Périgord — et il y en a beaucoup — c’est la géologie de sa formation. La cavité s’est creusée dans le calcaire coniacien, datant d’environ quatre-vingt-sept millions d’années, par l’action d’une rivière souterraine aujourd’hui asséchée. Le bassin de collecte des eaux pluviales qui filtre lentement à travers les strates calcaires est visible depuis la nacelle lors de la descente : une mare d’un bleu-vert translucide au fond de la salle.

En 2005, j’avais peu prêté attention à cette mare. En 2018, j’ai demandé à la guide d’en expliquer la chimie. Elle m’a expliqué que l’eau qui alimente cette mare provient d’un bassin versant de plusieurs hectares en surface, et qu’elle met plusieurs mois à s’infiltrer jusqu’au fond du gouffre. Cette eau, sursaturée en carbonate de calcium dissous, dépose progressivement ses minéraux sur les parois, construisant les stalactites à la vitesse d’environ un centimètre par siècle.

Un centimètre par siècle. J’ai regardé différemment les stalactites de deux mètres après cette explication. Certaines datent d’au moins vingt mille ans — contemporaines des derniers habitants préhistoriques du Périgord.

L’histoire de la découverte du gouffre mérite d’être racontée. Le site était connu localement depuis des siècles sous le nom de Béout, signifiant « trou » en occitan périgourdin. Les habitants du village de Audrix avaient pour coutume d’y jeter leurs ordures et leurs animaux morts. En 1907, deux frères originaires du village, Martial et Léon Régnié, ont décidé de descendre dans le trou avec des cordes. Ils ont été les premiers à voir les concrétions de la salle principale.

La mise en exploitation touristique a suivi rapidement : dès 1912, une compagnie locale proposait des descentes en nacelle moyennant un tarif d’entrée. Les photographies de l’époque, reproduites dans le guide de visite, montrent des messieurs en chapeau melon et des dames en longues robes descendant dans la nacelle. Le tourisme souterrain est plus ancien qu’on ne le pense généralement.

En 2018, j’ai consacré du temps à l’espace muséographique en surface, qui présente l’histoire géologique de la Dordogne et la formation des karsts du Périgord Noir. Ce musée, discret et bien conçu, explique pourquoi le Périgord concentre une densité exceptionnelle de cavités souterraines : la combinaison de calcaires tendres, de précipitations régulières et d’une tectonique stable a produit un réseau de grottes unique en France.

Une observation que j’ai faite lors de ma deuxième visite : la végétation à l’entrée du site a notablement changé en treize ans. En 2005, l’entrée était dégagée, avec une vue sur la vallée de la Vézère. En 2018, les chênes et les châtaigniers avaient recolonisé les abords immédiats, créant un microclimat humide caractéristique des entrées de grottes. Ce retour de la végétation naturelle est un indicateur de la baisse des pratiques agricoles dans ce secteur.

Le gouffre de Proumeyssac se trouve à huit kilomètres de Bugue-sur-Vézère, facilement accessible en voiture. La visite dure environ quarante-cinq minutes, avec la descente en nacelle incluse. Je conseille de venir en dehors de juillet-août si possible : en 2005, j’avais dû attendre une heure et demie pour accéder à la nacelle. En avril 2018, j’étais seule dans le groupe de visite, ce qui m’a permis de poser toutes mes questions à la guide.

Pour les visiteurs intéressés par la géologie, il existe une visite spécialisée sur les formations minérales que j’aurais aimé connaître lors de ma première visite. Elle est proposée à des horaires spécifiques et requiert une réservation. Ce type de visite expert est de plus en plus proposé dans les sites naturels remarquables de France — une évolution bienvenue pour les voyageurs qui ont dépassé le stade de la curiosité touristique ordinaire.

En repartant vers Périgueux, j’ai réalisé que la deuxième visite avait rendu la première rétrospective. Le gouffre de Proumeyssac est un de ces endroits qu’on comprend mieux si on y revient avec des questions différentes. La première fois, on voit les stalactites. La deuxième fois, on commence à comprendre ce qu’elles racontent.

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